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RUSSIE Mikhaïl Boulgakov

15/05/1891 - 10/03/1940
Un vieux prince émigré revient clandestinement dans son palais pour y mettre le feu ; un détachement de cavalerie frappe sauvagement un soldat du régiment de la garde après avoir tué ses deux compagnons ; un jeune garçon se réfugie dans la démence après la mort de son frère, engagé volontaire ; un médecin, enrôlé malgré lui, tue le colonel tortionnaire ; un médecin encore, dans un hôpital rural, lutte pour sauver des malades...
L'horreur chez Boulgakov est naturelle comme la vie qui s'écoule. L'écrivain essaie de comprendre, d'écouter. Il est au chevet de son pays malade que semble emporter la dernière bourrasque de neige, cette neige lancinante, aveuglante et mortelle, qui donne encore à ses pages une dimension tragique supplémentaire. Au loin, comme un rêve brisé, il y a Kiev, la ville natale de Boulgakov, la ville entre toutes aimée et perdue, l'antique et riche capitale qui fait dire au Dr lachvine dans la nouvelle « J'ai tué » : Cela fait sept ans que je vis à Moscou, mais j'ai toujours le mal du pays. Parfois j'en ai le coeur serré, et il me prend une envie terrible de sauter dans un train et de retourner là-bas... Revoir les escarpements du fleuve ensevelis sous la neige... Le Dniepr... il n'est pas au monde de ville plus belle que Kiev. Des événements vécus par l'écrivain entre 1916 et 1926, Boulgakov a choisi de ne retenir que ceux qui s'apparentaient aux moments sanglants de sa mémoire, comme si, de tous ses souvenirs, seuls l'intéressaient les épisodes les plus violents, les plus révoltants, les actes les plus innommables, les exactions les plus humiliantes : les bouleversements de la révolution, la cruauté des forces nationalistes de Pétlioura en Ukraine durant la guerre civile de 1919, l'antisémitisme, les combats meurtriers de tous les jours.
Là s'inscrit la personnalité singulière de l'écrivain-médecin qui abandonne assez vite l'exercice médical pour se consacrer à ses livres. Mais dès son passage dans un petit hôpital de campagne près de Smolensk, en 1916, la souffrance humaine devient son principal centre d'intérêt, jusqu'à en faire l'objet unique de son oeuvre. Elle justifie sa nécessité d'écrire, donne à ses thèmes et à son style leur caractère d'urgence. A l'analyse lucide, au goût du diagnostic, au sens de l'observation, à l'infinie puissance de compassion et à sa réserve inépuisable d'émotion et de pitié, Boulgakov ajoute encore une obsession quasi maladive de l'hygiène. Jamais il ne caresse un chien sans aussitôt se laver les mains ! Selon lui, tous les passeports du monde devraient être rem-placés par une bonne analyse d'urine ! Mais un autre trait de caractère, plus profond celui-là, c'est sa propension à l'exagération, à la démesure, au délire, au grotesque. Comme si cette formidable générosité, cette réceptivité exacerbée à la misère devaient le conduire vers une sorte de folie. Comme si le côté clinique et dramatique des destinées humaines, la longue et patiente cohabitation avec l'horreur et la mise en échec perpétuelle devant la mort, l'entraînaient vers la déraison, du côté du cauchemar, de l'étrange, de l'inguérissable tourment. Sans doute, à force de débusquer l'indicible, de côtoyer de trop près la vérité organique et convulsive des êtres, a-t-il dérivé vers l'irrationnel. Ainsi a pu naître, chez l'écrivain soviétique, ce que l'on a appelé son «fantastique noir », c'est-à-dire la prolifération de formes sombres, insolites et déroutantes, parfois hallucinantes et diaboliques, un monde de fantasmagories d'une angoissante absurdité, que pourrait illustrer la célèbre phrase de Goya « le sommeil de la raison engendre des monstres ».
Boulgakov rendait compte à sa manière de la réalité soviétique.
Dans la vie quotidienne, Boulgakov avait des allures de dandy, de mélomane raffiné, de conteur plein de gaieté et d'insouciance. La réa-lité intime était tout autre. A la charnière de deux univers, il avait vu la chute du tsarisme, la fin d'un monde, de son ordre et de ses valeurs. Il avait connu la guerre civile, et expérimenté un nouveau régime qui exerça sur lui de multiples censures. A peine sorti de l'adolescence, il était déjà un homme assombri et brisé. Un homme seul. Ses romans, ses pièces, ses nouvelles témoignent aujourd'hui de son tragique désarroi. Adoptant tantôt un ton grave et mélancolique, tantôt un style incisif, satirique et corrosif, acéré comme le fil d'un rasoir, Boulgakov est le type même de l'écrivain suicidaire sauvé par l'humour. S'il aimait donner le change, et mystifier parfois, c'était pour mieux soutenir la position difficile qui était la sienne. Ni émigré, ni sympathisant avec le régime, il est resté le témoin vigilant et ironique d'une époque sans merci.
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La garde blanche
de Mikhaïl Boulgakov

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Fin 1918, en Ukraine. La guerre civile commence. Nous allons la vivre à travers les membres d'une famille de l'intelligentsia : les Tourbine. L'aîné, Alexis : vingt-huit ans. Héléna, sa sœur : vingt-quatre ans. Nikolka, leur frère, dix-sept ans. L'autre [lire la suite]
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Les oeufs fatidiques, Diablerie et autres récits
de Mikhaïl Boulgakov

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Toute réalité comporte, il est vrai, une bonne dose d'irrationnel, à y regarder de plus près ; cependant, tout est une question de degré. Dès l'instant où un certain nombre de critères élémentaires sont remis en question, dès lors que le bon sens et la raison [lire la suite]
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Récits d'un jeune médecin
de Mikhaïl Boulgakov

Le Livre de Poche2.79 €
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Après ses études de médecine dans sa ville natale de Kiev, Boulgakov fut envoyé dans un village retiré de la province de Smolensk, afin d'y diriger un hôpital de campagne. C'est cette expérience qui est relatée ici. A travers l'anecdote et le souvenir, c'est [lire la suite]
     

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