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LA conjoncture la plus heureuse n'est peut-être pas que mon père - mon vrai père - ait rencontré ma mère, à une date que j'ignore (tout en la situant avant ma naissance, ce qui, soit dit en passant, simplifie notablement la tâche des historiens futurs).
La conjoncture la plus heureuse est, peut-être, que Gaby Morlay ait " ressemblé " à Maman et Fernand Ledoux à Papa.
Dans les deux cas la ressemblance est secrète, plus vraie que celle de l'apparence : quand, sur le plateau des studios de Boulogne, Gaby Morlay me disait : " Tiens-toi droit l " ce n'était pas sa voix que j'entendais (et je lui en demande pardon) mais une autre que je connais depuis toujours, une voix un peu fêlée par une tendresse irremplaçable. Et quand Fernand Ledoux me tendait sa joue - vingt fois de suite pour les besoins du travail - c'était la barbe d'un autre qui me piquait...
J'ai dit Papa-Maman pour la première fois (de façon inconsciente, selon toute probabilité) le 4 janvier 1920. Le 9 janvier 1949, au Central de la Chanson, j'ai chevroté ces deux mots, je les ai " sortis " en public. Depuis ils m'accompagnent, comme deux ombres.
Maintenant " ils " sont quatre. Deux pères, deux mères. Les modèles et les portraits. Et la tentation, pour moi, d'aimer les portraits parce que j'aime les modèles...
Du monologue à la chanson, de la chanson au cinéma, j'ai toujours suivi Papa et Maman. Et j'aurais bien voulu raconter moi-même l'histoire qui est celle du film, et retrouver mes chers compagnons, entre le rêve et la réalité...
Mais deux pères et deux mères, c'est beaucoup pour un seul homme. Et l'affection que j'ai pour les uns, l'amitié qui me lie aux autres m'ont pris du temps. Le temps d'écrire ce livre. Je me suis contenté de le vivre. Maintenant que je l'ai lu, j'ai tout de même envie de dire " certifié conforme ", en attendant de retrouver devant la camera ou à la table de fa mille, Papa et Papa, Maman et Maman...
Source : Calmann-Lévy
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