{"product_id":"livre-adieu-lou-pais-1","title":"Adieu lou païs","description":"Si vous souhaitez recevoir notre catalogue\u003cbr\u003e\net Ãªtre tenu au courant de nos publications,\u003cbr\u003e\nenvoyez vos nom et adresse, en citant ce\u003cbr\u003e\nlivre, aux Ã‰ditions de l'Archipel,\u003cbr\u003e\n34, rue des Bourdonnais, 75001 Paris.\u003cbr\u003e\nEt, pour le Canada, Ã \u003cbr\u003e\nÃ‰dipresse Inc., 945, avenue Beaumont,\u003cbr\u003e\nMontrÃ©al, QuÃ©bec, H3N 1W3.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\neISBN 978-2-8098-1542-9\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nCopyright Â© L'Archipel, 2002.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nCantal, 1945\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nLes sabots claquent sur le sol gelÃ©. Nous quittons le bourg et cheminons Ã  pas prudents en direction de notre minuscule parcelle de forÃªt.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nDerriÃ¨re nous, s'Ã©tagent les maisons du village. Au loin, les monts de la Margeride limitent l'horizon. Le chemin bordÃ© de murets et de broussailles qui mÃ¨ne au bois, lÃ -bas prÃ¨s du ruisseau, est creusÃ© par les roues des charrettes. Il serpente Ã  travers les pÃ¢turages ; boueux Ã  l'ordinaire, il est aujourd'hui figÃ©, dur comme du granit. La lave grise des abreuvoirs de la Fontaine SalÃ©e est prise dans une gangue de glace translucide. Le lavoir tout en arrondis ressemble Ã  une patinoire en miniature.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nLa bise Ã¢pre souffle. Ce vent glacial cingle le visage.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nMon pÃ¨re ne semble pas souffrir du froid. Son haleine forme une lÃ©gÃ¨re brume vite happÃ©e par les bourrasques. Il clopine un peu : avec cette tempÃ©rature, la douleur qui souvent bloque sa jambe gauche s'est rÃ©veillÃ©e. Son regard perdu dans le lointain n'exprime qu'une certaine lassitude. Ou un rÃªve terni par le temps ? Pense-t-il aux aubes blÃªmes de Verdun, aux longues annÃ©es de sa vie qu'il a consacrÃ©es Ã  la Grande Guerre ? Le soir, Ã  la veillÃ©e, il Ã©voque des souvenirs que plus personne n'Ã©coute. Les tranchÃ©es, lÃ , tout prÃ¨s, les Boches, la faim qui vous tenaille, la froidure de la nuit qui ankylose les membres, la capote prise dans la terre gelÃ©e qu'il faut arracher Ã  coups de pioche. Et, un jour de printemps, dans cet enfer, une joie inouÃ¯e... Dans un taillis, prÃ¨s d'une ferme... des Å“ufs !... Des Å“ufs dÃ©couverts avec son copain Dumas ! Une brave poule dÃ©cidÃ©e Ã  sauvegarder sa ponte en vue d'une prochaine couvÃ©e les avait dÃ©posÃ©s lÃ , jour aprÃ¨s jour, dans un endroit connu d'elle seule.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nL'omelette gigantesque qu'ils dÃ©gustÃ¨rent est restÃ©e inoubliable.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nNous parlons peu. Je me retourne de temps en temps pour m'emplir les yeux du spectacle fÃ©erique qui s'offre Ã  moi. Un givre tÃ©nu habille les toitures, les arbres, les fils Ã©lectriques, le plus petit buisson, le plus infime brin de mousse. Soudain, devant nous, Ã  nos yeux Ã©blouis, la Margeride s'embrase. Au-dessus de la ligne sinueuse des monts, en un demi-cercle, le soleil surgit, puis l'Ã©norme disque incandescent s'Ã©lÃ¨ve dans le ciel teintÃ© de rouge. La nature entiÃ¨re flamboie. Vision fugace que je voudrais fixer Ã  jamais dans ma mÃ©moire. FascinÃ©e, je regarde intensÃ©ment, ma vue se trouble, je vacille et bute sur un caillou scellÃ© Ã  terre par le gel.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nDescendant de ma sphÃ¨re cÃ©leste, je reviens Ã  la rÃ©alitÃ©. Pas tellement agrÃ©able, en vÃ©ritÃ© !\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nL'hiver arrive dÃ©jÃ . Il sÃ©vira pendant de longs mois.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nEt puis, ce matin, sous la pression de ma mÃ¨re, j'ai dÃ» mettre le coutillou1 en laine Ã©crue qu'elle a tricotÃ© pour moi. Pas trÃ¨s seyant, ce sous-vÃªtement, mÃªme si un lÃ©ger feston ornemente son encolure et ses emmanchures. PlutÃ´t rÃªche, la laine pure qui vient de nos moutons ! Sur ce carcan rÃ¢peux destinÃ© Ã  braver les intempÃ©ries, qui engonce et irrite la peau du dos et des cuisses, j'ai revÃªtu une robe dÃ©suÃ¨te, un tablier, un tricot, puis j'ai enfilÃ© de grosses chaussettes. MalgrÃ© ces Ã©paisseurs, je grelotte. Je bougonne intÃ©rieurement, vouant Ã  ce lourd cotillon une rancÅ“ur tenace. Une journÃ©e qui a mal dÃ©butÃ©, en somme. En plus, le verdict de mon pÃ¨re est tombÃ© :\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nâ€” Nous irons couper du bois avant que le mauvais temps ne s'installe !\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nLe paysage, magnifique dans son fin manteau blanc, ne parvient pas Ã  me faire oublier la besogne qui m'attend. En Auvergne, les filles ne doivent pas rechigner devant les travaux de ce genre. Il en est d'autres, plus pÃ©nibles encore, mais celui-ci me paraÃ®t particuliÃ¨rement dÃ©testable.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nC'est Ã  regret que j'ai quittÃ© la maison, oÃ¹ de menues occupations m'attendaient : soigner les lapins et les poules, couper des branchettes de frÃªne sÃ¨ches pour allumer le feu, tricoter des chaussettes interminables, ou bien, luxe extrÃªme, lire un roman.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nLa splendeur de cette terre ingrate n'adoucit pas, Ã  mon sens, les rudes tÃ¢ches hivernales. Je souffre plus de ces petites misÃ¨res que sont le travail quotidien et les vÃªtements ternes que de la semi-pauvretÃ© dans laquelle nous vivons et dont je n'ai pas vraiment conscience.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nAu dÃ©tour du chemin, dans un faible murmure, le ruisseau apparaÃ®t. Il court Ã  travers les rochers et les blanches herbes alourdies de givre et de glace qui se mirent dans l'eau claire. J'aperÃ§ois quelques vairons vifs comme l'Ã©clair ; trop fiÃ¨re ou trop peureuse, la truite ne se montre pas. Nous suivons la rive. EffarouchÃ©, un lapin dÃ©tale. Les corbeaux croassent lugubrement.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nEnfin, c'est la parcelle de terrain boisÃ© des Bartasses, dÃ©limitÃ©e par une simple pierre fichÃ©e en terre. Cette portion de terre nous appartient depuis toujours. Des pins squelettiques, de maigres hÃªtres, des chÃªnes s'agrippent au versant de la vallÃ©e. Aujourd'hui, ils ont tous revÃªtu leur tenue de fÃªte, couleur de nacre.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nDÃ©jÃ , des brins de givre se dÃ©tachent, le sol devient plus mou, un peu glissant. Il va falloir se mettre Ã  l'Å“uvre. Attention, petits arbres rabougris, l'un de vous va mourir, tomber sous les coups rÃ©pÃ©tÃ©s d'une hache meurtriÃ¨re ! Papa choisit un chÃªne, un hÃªtre, et s'apprÃªte Ã  accomplir son travail de titan.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nVite, autant ne pas s'Ã©terniser ici. L'air affairÃ©, je libÃ¨re le passe-partout de sa gaine.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nMon pÃ¨re saisit d'abord le manche de la hache, crache dans ses mains, puis, se ravisant pour d'obscures raisons, prend le passe-partout.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nInquiÃ¨te, je regarde cet instrument malicieux qui rÃ©siste Ã  tous mes efforts. Une large lame aux dents acÃ©rÃ©es, une poignÃ©e en bois Ã  chacune de ses deux extrÃ©mitÃ©s. L'utilisation de cette scie en mÃ©tal trop souple Ã  mon goÃ»t et trop rigide aussi, longue d'un mÃ¨tre cinquante environ, exige une habiletÃ© qui me fait dÃ©faut.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nPapa met un genou Ã  terre. Je m'installe de mÃªme, face Ã  lui. Nous appliquons les dents de l'engin sur l'Ã©corce dure de l'arbre. Anxieuse mais dÃ©terminÃ©e, je m'apprÃªte Ã  rÃ©pondre au premier mouvement de la scie. Papa tire, je pousse... Il pousse, je tire... InÃ©vitablement, la chose se gondole, refusant de mordre le malheureux chÃªne. Connaissant la malignitÃ© de cette engeance, je fais lÃ©ger, effleurant juste le tronc rugueux. Peine perdue, elle glisse et patine sur l'Ã©corce encore gelÃ©e.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nMon pÃ¨re s'Ã©nerve :\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nâ€” Appuie ! hurle-t-il.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nJ'appuie trop fort. La scie regimbe et s'incurve en un bel arc mordorÃ©. Puis, revenant Ã  sa rigiditÃ© premiÃ¨re, elle consent enfin Ã  fendre un peu le tronc tordu et, tant bien que mal, glisse lÃ©gÃ¨rement dans le bois.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nPremiÃ¨re victoire, la sueur coule, les genoux s'enfoncent dans la terre ramollie. Le dÃ©gel est proche. La tempÃ©rature s'est radoucie, le vent a tournÃ© ; dans les prochains jours, nous aurons de la neige. Mon pÃ¨re ne manque pas de me dire que ma sÅ“ur, elle, tirait la torra comme un homme.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nEt voilÃ  ! Notre chÃªne et notre hÃªtre gisent au sol, dans un fouillis de branches moussues. Abattus ! Non sans mal. Mon pÃ¨re les Ã©monde Ã  terre et nous viendrons les chercher plus tard, avec la charrette.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nOpÃ©ration rÃ©ussie. Nous prenons le chemin du retour. Mon estomac s'agite, j'ai faim. La maison sera chaude. Le soleil est dÃ©jÃ  haut dans le ciel embuÃ© de nuages vaporeux. Midi sonne au clocher de l'Ã©glise, l'horloge de l'Ã©cole Ã©grÃ¨ne ses notes aigrelettes...\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\n1. Mot de la langue occitane, dans la langue parlÃ©e du cÃ´tÃ© de Saint-Flour (Cantal). Les mots en italique sont Ã©crits comme ils se prononcent en franÃ§ais, et non selon les rÃ¨gles de l'occitan.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nLe village, la maison\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nDans notre contrÃ©e peu boisÃ©e, Ã  1 000 mÃ¨tres d'altitude, le vent du nord balaye le vaste plateau de la PlanÃ¨ze. DisposÃ©s tout autour, les sommets arrondis semblent n'Ãªtre lÃ  que pour le dÃ©cor et n'offrent aucune protection aux assauts de cet intrus. Du cÃ´tÃ© du soleil levant, la Margeride, presque rectiligne, ondule lÃ©gÃ¨rement. Du cÃ´tÃ© du couchant, le Plomb du Cantal nous ...\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nSource : L'Archipel","brand":"Book Hémisphères","offers":[{"title":"Default Title","offer_id":53809781997894,"sku":"V561187","price":3.19,"currency_code":"EUR","in_stock":false}],"thumbnail_url":"\/\/cdn.shopify.com\/s\/files\/1\/0517\/5915\/3314\/files\/0955800.jpg?v=1742986700","url":"https:\/\/www.livrenpoche.com\/products\/livre-adieu-lou-pais-1","provider":"Livrenpoche","version":"1.0","type":"link"}