{"product_id":"livre-la-vie-au-rabais","title":"La vie au rabais","description":"ÉlisabethJe n'ai plus de travail, pas de petite amie, j'ai un cancer et je vote à gauche : je suis une erreur pour la société ultralibérale. Je m'appelle Christian Shuster, j'approche tant bien que mal de la trentaine et j'aime vivre. Mais la vie ne se fiance pas avec ceux qui se débattent dans ses turbulences, elle s'en détache rapidement, grâce à de beaux assassinats. Pourtant, il y a des choses que je voudrais continuer à faire : skier, aller au cinéma, suivre les femmes que je trouve belles dans la rue... Des occupations somme toute normales pour un célibataire. Mais je ne peux plus faire confiance à l'avenir. Je n'ai pas assez de garanties sur mon propre corps pour cela.Ce matin, j'ai enlevé une petite fille au McDonald's. C'était une poupée, ses parents l'avaient quittée des yeux quelques instants et elle me plaisait : je l'ai kidnappée. Lorsque je lui ai saisi la main, elle s'est laissé faire sans un mot. J'ai senti de l'électricité m'envahir, des molécules anarchiques m'inondaient en force et sans faiblir. Cela a duré quoi ? une minute, deux peut-être, le temps de regagner ma voiture avec la gamine. Des tremblements extrêmes ont agité mes nerfs et mon souffle s'est épaissi d'alvéoles secrets. Mes sens étaient aiguisés, j'étais un homme nouveau. Mais, à mesure que nous nous éloignions du fast-food, ces intensités ont fondu pour laisser place à d'autres instincts : la peur, l'affolement, les remords. M'est alors venue l'idée que je venais de faire une connerie.Et maintenant nous sommes dans ma chambre. Nous finissons les frites froides du McDo devant un dessin animé. J'ai coupé le son de la télé, seules des images en noir et blanc parviennent à ma conscience ralentie. Tout s'est amolli en rebonds dans ma tête et un faible ressac grésille contre mes tempes. La petite semble heureuse, ce qui atténue légèrement mes regrets. Elle me dit qu'elle s'appelle Élisabeth, et je lui donne à peu près sept ans. Un bel âge pour s'ouvrir au monde, vraiment. Rompant le silence, je mets « Gare de Milan » sur ma chaîne hi-fi, un morceau de l'album Kensington Square de Vincent Delerm. Aussitôt, la pièce se noie dans la mélancolie et une pluie bleue cingle les fenêtres. Je ne parviens plus à regarder Élisabeth à présent. Que vais-je faire d'elle ? Je sens des larmes venir mais je dresse une barrière infranchissable devant mes yeux et rien ne coule. Je décide qu'elle va m'accompagner à l'hôpital, et assister à ma séance de chimiothérapie. Ce sera une découverte, une expérience, elle s'en souviendra jusqu'à sa mort.Après une demi-heure de route, nous entrons à la clinique Claude-Bernard. Même si je fréquente assidûment les lieux, arriver dans le service oncologie accompagné d'une gamine me trouble. Je gagne ma place habituelle, ajoute un fauteuil à mon côté, Élisabeth s'y assied, je tends mon bras gauche muni d'un cathéter. L'infirmière me branche, et, goutte à goutte, les substances chimiques font leur job : enrayer les cellules défectueuses qui se multiplient dans mon sang. Personne ne pose de questions sur la présence de la petite qui regarde fixement tous ces gens perfusés. La scène est surréaliste mais je ne décèle chez Élisabeth aucun sentiment de panique. Je suis fier d'elle.D'un pas pressé, un chimiothérapeute traverse la pièce. Longtemps, j'ai pris les médecins pour des croque-morts. Je ne considérais pas leur existence comme une chance, je ne les imaginais vivant que pour annoncer des catastrophes. Les docteurs ne sont pas des diseurs de mésaventures. Et les cancers pas des croque-mitaines. Cependant, quand j'ai appris la nouvelle, ma vie s'est évanouie. Tout s'est fermé en moi : mes rêves, mes ambitions, ma naïveté. J'ai pensé que j'allais mourir et j'ai cherché stupidement ce que j'avais pu faire de mal. Je n'ai pas trouvé. Maintenant que j'ai enlevé Élisabeth, je mérite davantage ce qui m'arrive, et je suis prêt à accepter la douleur. On ne me maltraite pas comme cela, impunément.Ma séance touche à sa fin. La fatigue ne viendra que dans quelques heures, ce qui nous laisse un peu de temps. Nous allons en ville et j'emmène la gamine aux Galeries Lafayette. Au troisième étage, Élisabeth s'arrête devant des chapeaux. Spontanément, elle en saisit un, puis s'en coiffe. Et même s'il est trop grand pour elle, je trouve qu'il lui va à ravir. Je la photographie avec mon téléphone portable. Elle se prête au jeu, fait la moue, en essaie d'autres, je la mitraille et les clichés sont plus ou moins réussis. Au détour d'un de ses regards, j'entrevois une enfance bourgeoise, une enfance salon de thé. Son visage offre plusieurs scintillements, suivant la lumière et ses angles : une aristochatte à la beauté porcelaine. J'ignore ce que, petite, on a mis dans ses biberons, mais ça devait être une potion miracle, un mélange spécial, le mélange du siècle, à la formule terriblement bien gardée. On a dû faire venir des ingrédients des quatre coins du monde : du Cap, d'Auckland, de Buenos Aires, de Saint-Pétersbourg. Puis on a trouvé les dosages parfaits, on a atteint l'équilibre idéal. Face à la pureté de ses traits et ses yeux gonflés de ciel, je pressens la femme éclatante qu'elle sera. Oui, si l'adolescence ne l'affadit pas, cette gamine deviendra une merveille.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nSource : Stock","brand":"Book Hémisphères","offers":[{"title":"Occasion - Etat Correct - Couv un peu abîmée","offer_id":49862035505478,"sku":"V246002","price":1.99,"currency_code":"EUR","in_stock":true},{"title":"Occasion - Etat Correct - Livre de bibliothèque, tampons présents","offer_id":49862035571014,"sku":"V668397","price":1.99,"currency_code":"EUR","in_stock":true}],"thumbnail_url":"\/\/cdn.shopify.com\/s\/files\/1\/0517\/5915\/3314\/files\/0617409.jpg?v=1743408056","url":"https:\/\/www.livrenpoche.com\/products\/livre-la-vie-au-rabais","provider":"Livrenpoche","version":"1.0","type":"link"}