{"product_id":"livre-leffet-sablier","title":"L'effet sablier","description":"1\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nLa faute à l'ordinateur\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nDANS LES ÉTAPES de plaine, les cyclistes pédalent souvent en peloton. Un groupe de tête mène la course, les traînards restent au contact. Mais quand arrive la montagne, le peloton s'étire. Il y a toujours un groupe de tête, les rangs derrière deviennent plus clairsemés, les traînards sont lâchés. De l'observation de la société des pays développés depuis un siècle se dégage le même constat. Après un regroupement qui dégageait l'impression d'une grande cohésion, le peloton s'est étiré, comme si la route devenait pentue. En tête, les uns roulent de plus en plus haut, de plus en plus vite. Plus bas, beaucoup d'autres sont à la peine, n'avancent plus, reculent parfois. L'angoisse grandit. Pourquoi donc le peloton social s'étire-t-il ? Pour comprendre ce qui se passe, il faut aller voir dans la machine qui fabrique les couches sociales, dans les rouages de ce que l'on appelait autrefois « l'appareil productif ». Karl Marx avait raison : « Le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus de vie social, politique et intellectuel en général . » C'est dans l'économie que se forme la société. Les formidables chamboulements sociaux qui ont gonflé les classes moyennes à partir du XVIIIe siècle et les laminent aujourd'hui viennent de cette « infrastructure » sur laquelle poussent les « superstructures ». Impossible de comprendre les révolutions sociales sans décortiquer les révolutions industrielles. Et ces révolutions industrielles viennent de la technologie. C'est le progrès technique qui avait aggloméré les classes moyennes. C'est lui qui les détruit.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nHier, la force nouvelle des bras\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nAu cours des millénaires, le progrès technique n'a cessé de transformer la vie, la production et l'ordre social. L'âge de pierre a favorisé les chasseurs. L'âge de bronze a profité aux militaires devenus mieux armés. La roue a développé les échanges terrestres et donc la sphère marchande. L'imprimerie a permis la circulation des idées, profitant aux intellectuels, aux clercs. La machine à vapeur, elle, a accru la puissance, l'efficacité physique. Avec les bateaux et les trains, elle a développé les échanges et donc à nouveau le négoce. Avec les outils industriels et la mécanisation, elle a augmenté l'efficacité des bras dans des proportions spectaculaires, sans précédent dans l'histoire. Et avec l'électricité, l'énergie est devenue corvéable à merci. C'est pour ces raisons que le mouvement a été qualifié de « révolution industrielle ». Une révolution qui n'a pas été seulement industrielle, mais aussi économique, sociale, urbaine.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nDans un premier temps, les énormes surplus dégagés par les gains de productivité sont allés aux propriétaires de ces outils de production tellement efficaces – d'où l'apparition de fortunes colossales au XIXe siècle, d'autant plus choquantes qu'elles contrastaient brutalement avec la misère des ouvriers, du prolétariat selon la définition de Marx (« salariés qui travaillent de leurs mains dans les usines »). Ce terrible contraste se retrouve dans les récits de Charles Dickens, les analyses de Sismondi et bien sûr de Marx.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nDans un deuxième temps, les entreprises ont adapté leur organisation. Pour grandir toujours plus, pour vendre davantage, il n'était plus possible d'avoir seulement des ateliers de quelques dizaines d'ouvriers traités comme des esclaves. Les patrons d'industrie ont créé de nouvelles fonctions d'encadrement, de ventes, de logistique, de recherche. A côté des entreprises, de nouvelles activités sont en plein essor, comme par exemple la banque, le commerce et l'administration à partir du milieu du XIXe siècle, puis l'enseignement. L'argent a ruisselé du haut vers le bas. C'est le premier essor des classes moyennes, bien différentes de la bourgeoisie qui elle travaillait à son compte depuis le Moyen Age, en possédant son outil de production – moulin, outils de menuiserie, charrette ou échoppe. Commence alors à émerger une société pyramidale et non plus « en chapeau chinois » (où la plupart des hommes vivent dans la pauvreté et quelques-uns dans l'opulence). En bas, des foules de misérables (peuple des campagnes, « lumpenproletariat », « armée de réserve »). Juste au-dessus, les ouvriers non qualifiés et les employés. Puis toute une série d'étages intermédiaires de plus en plus fournis au fil du temps, et une petite élite – ceux qui « avaient du bien », qui possédaient les entreprises, qui étaient proches des pouvoirs, dont les enfants allaient à l'université réservée alors à une infime minorité.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nDans un troisième temps, après la Seconde Guerre mondiale, ceux que la machine avaient rendus si puissants ont pu enfin récupérer leur part du gâteau. Après de durs combats sociaux, leurs salaires ont progressé. Les ouvriers ont pu s'acheter des télévisions, des voitures, des maisons. Ils se sont mis eux aussi à espérer en l'avenir, à croire à l'ascension sociale perpétuelle. En un mot, la classe ouvrière s'est fondue dans les classes moyennes, plongeant au passage dans le désarroi les penseurs marxistes qui avaient fondé leur théorie sur sa spécificité.\u003cbr\u003e\n\u003cbr\u003e\nSource : Grasset","brand":"Book Hémisphères","offers":[{"title":"Occasion - Bon Etat","offer_id":46786931360070,"sku":"V201531","price":1.99,"currency_code":"EUR","in_stock":true}],"thumbnail_url":"\/\/cdn.shopify.com\/s\/files\/1\/0517\/5915\/3314\/files\/0544792.jpg?v=1743117476","url":"https:\/\/www.livrenpoche.com\/products\/livre-leffet-sablier","provider":"Livrenpoche","version":"1.0","type":"link"}