1
/
de
1
Ce n'est pas la pire des religions
Ce n'est pas la pire des religions
-
-
Français
Prix habituel
2,01 €
Prix habituel
4,03 €
Prix promotionnel
2,01 €
Prix unitaire
/
par
Livraison à 2,99€ en point-relais. Gratuite dès 25 €
Garantie 30 jours
Satisfait ou remboursé sous 30 jours. Retour simple et rapide.Voir la politique de retours
Un achat engagé
Soutenez une coopérative à but non lucratif
Produit collecté, stocké et traité en France
Articles d'occasion contrôlés
2,01 €
4,03 €

Description
Que nous est-il arrivé ?François Taillandier ? Pour commencer, cher Jean-Marc, je pense que tu seras d'accord, il convient de dire qu'il est ressuscité. Pas ressuscité symboliquement, pas non plus sauvé en douce par je ne sais trop quel complot du Sanhédrin et des Romains comme le pense Messadié. Et ce n'est pas non plus un jumeau planqué qui est réapparu, etc.Il est ressuscité. Ressuscité « en vrai ». S'il n'est pas ressuscité, notre conversation est oiseuse, et ce livre, vain. S'il n'est pas ressuscité, d'ailleurs, la formidable onde de choc de cette annonce n'a pas eu lieu, le monde n'en a pas été bouleversé, et par conséquent nous, deux mille ans plus tard, nous n'appartenons pas au monde chrétien, il n'y a pas de monde chrétien, son message ne nous est pas parvenu, ou alors sous la forme d'une spiritualité vague, de la bouillie pour les chats.Il est bel et bien ressuscité, et c'est même très précisément pour cela, et pour aucune autre raison, que nous sommes désireux d'en parler. Ça n'est arrivé à personne d'autre, ça n'arrivera plus jamais à personne (ou alors à tout le monde). Et c'est bien pour cette raison que ça a un immense intérêt. Si je ne pense pas ça, si je ne le pense pas absolument, alors je laisse tomber, et en ce cas je passe ce qui me reste de vie à rêver sur le moment où Friedrich Nietzsche, dans une rue de Turin, enlace de ses bras l'encolure d'un cheval et s'effondre à tout jamais dans le silence.
Jean-Marc Bastière ? Voici ce qui s'appelle une profession de foi, cher François ! Aujourd'hui, certains diraient que tu fais ton coming out catholique. Ce morceau du Credo ? Il est ressuscité d'entre les morts ?, ce sont des dizaines de millions de gens qui, chaque dimanche, le récitent pendant la messe. Et pourtant, à t'entendre, hors de ce cadre liturgique, avec tes mots à toi lâchés dans la nature, on sent bien que ce procès vieux de deux mille ans, toujours rouvert, garde un caractère séditieux. Cette conversation, d'ailleurs, va nous mener je ne sais où... sur des chemins de vertige. Tu t'en rends compte, je suppose ?
François Taillandier ? Bien sûr que je m'en rends compte, et c'est ce qui vaut le coup. Allons-y donc en toute innocence, arrêtons de nous gêner ! C'est vrai que des millions de gens le reconnaissent tout le temps. Moi, j'ai la chance que cela me soit (re)donné au cours de l'âge et de la maturité, donné brutalement et ressenti à plein. En fait, je l'ai déjà reçu dans mon enfance, puisque j'ai été élevé dans la religion catholique. Mais à cinq ou six ans, ce n'était pas pareil : cela n'entrait pas dans les distinguos et les oppositions entre le vrai et le fictif, le possible et l'impossible. Cela ne relevait pas de tels questionnements, pas plus ni moins que Le Petit Poucet. J'acceptais ce qu'on me donnait. Aujourd'hui cela prend place dans des catégories : l'historique, le vraisemblable, les récits, le statut du réel. Et ce n'est plus simplement accepté, c'est accueilli. Et à partir de là, ça devient jubilatoire, « hénaurme », comme disait Flaubert.
Jean-Marc Bastière ? Peut-être ta question est-elle quelque peu hallucinante : la religion chrétienne repose-t-elle sur un cadavre ou un Ressuscité ? Si c'est sur un Ressuscité, tous nos cadres explosent ; notre « civilisation » se déchire elle-même comme des bandelettes devenues trop étroites sous la poussée d'une puissance de vie insoutenable. Tel Lazare qui sort de son tombeau : ne pouvant susciter que l'incrédulité. Cette vie surabondante, notre « société » ? elle n'ose même plus s'affirmer comme « civilisation » ?, voudrait la contenir dans le formol : c'est le christianisme comme patrimoine, conservatoire, musée, mausolée. Cette religion naturalisée, destinée aux taxidermistes de tous poils. Un « isme » de plus dans le cimetière des idéologies mortes. Un christianisme sans le Christ. Si notre civilisation repose sur un cadavre, alors ce cadavre empuantit tout. Notre désenchantement n'est alors que le deuil impossible d'une grande espérance. C'est le terrible constat que Nietzsche posait dans sa radicalité : « Dieu est mort. » Avec ces tristes succédanés qui ne peuvent nous combler. Mais le sens du tragique que possédait encore le philosophe de Sils-Maria, il se peut que nous l'ayons perdu, tellement nous sommes drogués d'insignifiance, piqués à la « nihiline ». Mais comme tu me posais une question à moi, Jean-Marc, et non pas en général, à l'humanité, je vais te répondre en tremblant : oui, je crois qu'Il est ressuscité. Et pourtant, pourquoi est-ce que je l'oublie parfois ?
Source : Stock-
Caractéristiques
-
Genre
-
Auteur
-
Edité par
-
Date de sortie2009
-
Nb. de pages163
-
EAN9782234061538
-
Dans la même collection : Les essais
Récemment consultés

