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L'héritier des pagans
L'héritier des pagans
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Description
1?>Automne 1629L'orage grondait sur la pointe nord de la Bretagne. Semant ses éclairs par dizaines, il déclenchait le fracas du tonnerre qui se répercutait le long des côtes du pays Léon. La foudre s'abattait, encore et encore, comme autant de coups de semonce destinés à ceux qui avaient osé s'aventurer aux abords du territoire des pagans. Cruels naufrageurs, ces âmes égarées priaient Dieu avec ferveur pour qu'un bateau vienne se disloquer sur leur rivage constellé de brisants. Ce soir-là leurs macabres exhortations avaient été entendues.Au c?ur de la tourmente, un cavalier tout de noir vêtu contemplait avec satisfaction la scène qui se jouait sous ses yeux. Passant outre les soubresauts de sa monture effrayée par la tempête, il la contraignait à rester immobile, sous la pluie, pour jouir de l'affreux spectacle qu'offrait la plage située en contrebas.Transperçant le crépuscule et la brume, les feux du ciel griffent régulièrement la nuit en illuminant les lieux, ce qui lui permet de suivre le déroulement des opérations. Les courants de la marée d'équinoxe, impressionnants en cette saison, ne laissent, il est vrai, aucune possibilité d'en réchapper au navire qui, attiré par des feux allumés pour lui faire croire qu'il atteint un port, se retrouve broyé sur les rochers du littoral.L'infortuné vaisseau gît désormais sur le flanc. Spectateur impuissant, il assiste à la lente dispersion dans l'eau de sa précieuse cargaison. La houle l'emporte peu à peu et l'entraîne inexorablement s'échouer sur des bancs de sable, à la grande joie des pilleurs qui déferlent des falaises.Les marchandises, disséminées çà et là, sont rapidement récupérées et chargées. Les barriques d'alcool, consommées sur place, transforment les hommes en bêtes féroces, ivres de sang, qui achèvent sans pitié les pauvres hères ayant réussi à échapper au courroux des flots déchaînés.Déjà, certains s'attaquent à l'épave elle-même, pour récupérer tout ce qui peut l'être, ne laissant subsister qu'une frêle carcasse après leur passage.Les naufrageurs sont chanceux. Outre les caisses du chargement, le trois-mâts transportait de riches passagers. Sur leurs cadavres, les bijoux sont rapidement arrachés ainsi que les vêtements.Du haut de la falaise, notre sinistre individu scrute la grève afin de s'assurer que ses directives sont bien respectées. Satisfait de la tournure des événements, il commence à se détendre tandis qu'un léger sourire s'esquisse sur sa face horriblement marquée par la petite vérole.Soudain, les traits de son visage se crispent et il émet un juron. Pratiquement parvenue au chemin qui mène sur les terres, une survivante se traîne, portant dans ses bras un précieux fardeau : un jeune garçon.Le vérolé ordonne à son cheval d'avancer afin de lui couper la route, lorsqu'il aperçoit le chef des pilleurs qui la prend en chasse et n'a guère de mal à la rattraper.La malheureuse, grièvement blessée, est à bout de forces. Sentant son poursuivant tout proche, elle tente d'escalader les rochers qui la séparent du sentier, en dépit d'une plaie béante au ventre, de laquelle sa vie s'échappe impitoyablement. Elle tombe, mettant toute l'énergie qui lui reste à préserver l'enfant du choc.Affalée sur le dos, elle croise le regard de son agresseur et n'y décèle aucune pitié. Ce dernier prend tout son temps pour franchir les quelques mètres qui les séparent encore car la large tache écarlate qui se répand sur la robe de la jeune femme lui révèle qu'il n'aura nul besoin de se salir les mains. Il lui suffit de la laisser se vider de son sang.Le garçonnet, miraculeusement indemne, est debout à côté du jeune corps inanimé. Dans ses habits rougis, il hoquette, secoué par de terribles sanglots. Guère plus âgé de deux ans, il n'est que frayeur et arrive à peine à reprendre sa respiration. L'homme saisit un lourd galet et lui fait face. Le petit, paniqué, trébuche et s'écroule.Sur la crête, le cavalier noir a ralenti l'allure. Un éclair lui permet de visualiser le drame. Il voit le naufrageur, pierre en main, avec à terre le corps de l'agonisante et celui du gamin couverts de sang. Croyant le travail effectué, il hoche la tête, puis adresse un léger signe de la main à son exécuteur des basses ?uvres et s'en va rapidement informer son maître que la besogne est accomplie.À deux pas du sentier, le brigand considère le corps inerte de l'enfant à ses pieds. Il a vu la sombre silhouette repartir. Il sait qu'il doit achever sa dernière victime. Il lève son poing toujours armé lorsqu'un hurlement suspend son geste. Du chemin une femme accourt. Sa femme.? Yann, je t'en supplie... Pas le petit, pas le petit !La brute la repousse durement.? Si je le laisse en vie, c'est nous qui mourrons.? Pas si personne ne le sait. Je t'en prie, laisse-moi l'emmener... Nul ne l'apprendra jamais, l'implore-t-elle.Yann hésite un bref instant. Son épouse en profite pour lui saisir les mains et lui murmurer :? Ce pourrait être le nôtre... Ce pourrait être le nôtre, répète-t-elle plus fort, désespérée.Son mari, indécis, jette un coup d'?il à la ronde. Les pilleurs sont en train de quitter les lieux et nul ne leur prête attention. L'enfant revient à lui. Prestement, la femme le serre sur sa poitrine et il s'y agrippe en y enfouissant sa petite bouille. L'homme les fixe, puis baisse la tête, vaincu.? Prends le mioche et rejoins la ferme sans être vue, lâche-t-il d'une voix sourde. Je rentrerai après le partage du butin.Sa compagne le voit s'éloigner avec soulagement. Pour passer, il lui faut enjamber la dépouille de la jeune naufragée qui ne respire plus, mais qui semble l'observer avec ses yeux grands ouverts. La paysanne sent tout son être se révulser devant le sort de l'innocente. Elle s'agenouille, lui ferme les paupières en recommandant son âme à Dieu et en lui promettant de bien s'occuper de son angelot. Puis, tournant le dos à la plage, elle prend la fuite afin d'échapper aux horribles images du carnage commis par les naufrageurs.? Mon Dieu, qu'avons-nous fait... Qu'avons-nous fait, murmure-t-elle.Le petit se remet alors à pleurer. Elle le serre contre elle en accélérant l'allure, lui chuchotant en breton toutes les paroles de réconfort qu'elle connaît.?>2?>Printemps 1647Louis XIII, mort quatre années auparavant, quelques mois après son cher Richelieu, a laissé le parrain de Louis XIV, le très décrié cardinal Mazarin, à la tête du royaume de France. Censé être au service de la régente, Anne d'Autriche, qu'il a séduite, il gère les affaires de la nation d'une main de fer, recourant sans vergogne ni mesure à l'impôt pour remplir les caisses de l'État ? sans oublier les siennes au passage.Son filleul, le jeune Louis Dieudonné, bientôt neuf ans, a du chemin à parcourir avant de devenir l'illustre « Roi Soleil ». Pour l'heure, le pays, en plein marasme économique, connaît un profond malaise. Le mécontentement touche toutes les classes de la société et laisse présager une explosion de violence.Difficile d'imaginer un aussi sombre avenir en cette belle journée printanière du bord de mer breton, propice aux réjouissances populaires. Comme le veut la coutume, les gars se sont réunis au grand menhir, longue pierre taillée héritée de la nuit des temps. Tous les hommes jeunes et valides sont là. Il faut dire qu'une absence serait mal tolérée. Même la mère Le Goff, qui a tenté d'y soustraire son grand dadais de rejeton, a dû céder. Elle maugrée dans son coin, se plaignant à voix basse qu'il va encore lui falloir raccommoder patiemment les vêtements de son gaillard après l'avoir ramassé à demi mort, c'est sûr.Le gamin, comme tous les autres paysans ou pêcheurs, est vêtu de tissus grossiers issus de l'artisanat familial, portés jusqu'à usure complète. Un peu simplet, Ehouarn Le Goff est tout fier de participer à la rencontre. Jouer à la soule est un honneur, une obligation, un combat qui laisse rarement intact et dont les récits alimentent les longues veillées d'hiver.Deux villages se font face : les natifs de Plouganec contre ceux de Saint-Rennac. L'enjeu : se saisir de la soule, boule de cuir remplie de foin, et l'emmener sur la place du marché de l'autre paroisse, au prix d'une lutte acharnée où tous les coups sont permis.Sous les ...
Source : Librairie des Champs-Elysées-
Caractéristiques
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Auteur
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Edité par
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Date de sortie2009
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Nb. de pages285
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EAN9782702434604
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