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Ah que la politique était jolie !
Ah que la politique était jolie !
- Jean Ferniot
- Catégorie : Livres sur la Politique
- Edité par : Grasset
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Français
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Description
Agriculture?>J'ai entendu un jour Georges Pompidou déclarer, sur un ton magistral, que le paysan était « le gardien de la nature ». Cet homme de grande culture, qui contribua si largement au développement des hautes technologies dans notre pays, ce qui pourrait l'excuser, était issu du monde rural, néà Montboudif, dans l'Auvergne profonde, ce qui aurait dû lui éviter de prononcer des paroles aussi éloignées de la réalité que celles du maréchal Pétain en 1940 : « La terre ne ment pas. »Mais si, la terre ment, elle ne fait que cela. Combien de promesses de récoltes, de vendanges, ne furent-elles pas suivies de désillusions ? Le paysan est, a toujours été l'ennemi de la nature. Il l'a toujours combattue pour en tirer sa subsistance, bûcheronner, défricher, brûler, irriguer, labourer, multiplier les atteintes à la terre pour la domestiquer. Son sommeil est hanté par la peur du gel, de la grêle, de la sécheresse, de la tempête... Et dès qu'il l'abandonne à elle-même, la mère nourricière devient marâtre, elle se venge, elle reconquiert son domaine plus vite qu'il ne lui fut arraché.Le paysan français « garde » la nature comme le geôlier le prisonnier. Il l'a à l'?il. Et il ne s'en éloigne pas facilement : à la veille de la dernière guerre, l'agriculture occupait encore 40 % de la population active, contre seulement 16 % en Allemagne. Nous restions, parmi les pays développés, l'un de ceux qui employaient le plus d'agriculteurs.De cette situation, le conservatisme rural était responsable, mais vigoureusement encouragé par les pouvoirs publics et les penseurs politiques. S'il allait de soi, à l'époque de Sully, que labourage et pastourage fussent les deux mamelles de la France, une telle affirmation devenait consternante au xviiie siècle. L'Angleterre, les Pays-Bas alors développaient leurs industries, mais chez nous la mode encensait les physiocrates, dont le chef de file François Quesnay astiquait la philosophie :« Que le souverain et la nation, proclamait-il, ne perdent jamais de vue que la terre est l'unique source des richesses ; et que c'est l'agriculture qui les multiplie... Le citadin n'est qu'un mercenaire payé par les richesses de la campagne... Pauvres paysans, pauvre royaume. »Ces maîtres à divaguer firent école. En 1930, nos campagnes n'étaient guère différentes de celles de 1880. La Bretagne où j'allais dans ma jeunesse me paraissait en être restée au Moyen Age. Les b?ufs tiraient la charrue, le beurre se barattait à la main, chez le boulanger les achats se comptaient par des encoches sur des bâtonnets, les foins se faisaient à la faux. A l'école primaire, je me rappelle que les « leçons de choses » montraient les poules picorant dans la basse-cour, les glaneuses courbées sur les éteules, le charbonnier préparant en forêt son charbon de bois, le fardier emportant les sacs de grain. A la veille de la dernière guerre encore, j'ai vu une fermière normande mettre une goutte de calvados dans le biberon de son bébé, en Lorraine la demeure ouvrait sa porte sur le tas de fumier et la fosse à purin, en Savoie des familles de montagnards partageaient avec les vaches la salle où ils dormaient. Le monde rural vivait hors des marchés mondiaux, sous la fallacieuse protection des frontières. Telle avait été la politique illustrée par Jules Méline, ministre de l'Agriculture à répétition sous la IIIe République. Célébré comme le père tutélaire de la paysannerie française, ce malthusien hors pair avait créé la médaille du Mérite agricole et il ne s'en tint malheureusement pas là. Le protectionnisme, dont il fut le chantre inlassable, contribua à freiner le développement économique du pays, à commencer par celui de l'agriculture elle-même.Pendant un siècle un antagonisme larvé opposa les villes, source de progrès, et les campagnes sous-équipées et condamnées à l'immobilisme. De 1940 à 1945, les paysans se vengèrent du dédain dont ils avaient souffert en voyant les citadins affamés par les impitoyables réquisitions de l'occupant accourir vers les fermes et s'humilier pour quémander un peu de beurre et quelques ?ufs. Ces produits du poulailler, de la baratte et du saloir, les paysans n'en faisaient pas cadeau. Quelques années plus tard, sous la IVe République, la ville à son tour prit sa revanche quand le gouvernement imposa l'échange des billets de 5 000 francs. Les lessiveuses campagnardes étaient pleines et beaucoup de pourvoyeurs du petit marché noir, redoutant la curiosité du fisc, préférèrent en brûler le contenu.
Source : Grasset-
Caractéristiques
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Genre
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Auteur
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Edité par
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Date de sortie2010
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Nb. de pages320
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EAN9782246725213
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Dans la même collection : Grasset GF
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