1
/
de
1
Comprendre la télévision et ses programmes
Comprendre la télévision et ses programmes
-
-
Français
Garantie 30 jours
Satisfait ou remboursé sous 30 jours. Retour simple et rapide.Voir la politique de retours
Un achat engagé
Soutenez une coopérative à but non lucratif
Produit collecté, stocké et traité en France
Articles d'occasion contrôlés
3,99 €

Description
1
Les obstacles à l'analyse
de la télévision
Les professeurs de sciences imaginent souvent, nous met en garde le philosophe Gaston Bachelard, qu'il suffit, pour faire comprendre une démonstration de physique à un élève, de la répéter point par point, jusqu'au moment où celui-ci, par miracle, la comprendra. Ce faisant, ils négligent que l'adolescent arrivant dans une classe où on lui enseigne une nouvelle matière n'est pas vierge de toute opinion, n'est pas une tabula rasa, mais un individu qui a déjà certaines représentations concernant les phénomènes qu'il va étudier et des préjugés bien ancrés en lui, fondés sur des observations quotidiennes qu'il n'est pas toujours simple de réfuter : ainsi, l'impression qu'un corps flottant à la surface de l'eau résiste quand on cherche à l'enfoncer rend plus difficile la compréhension du principe d'Archimède, qui démontre l'idée inverse, à savoir que c'est l'eau qui résiste.
Ce qui est vrai de la physique l'est bien plus encore, évidemment, de la télévision : chacun d'entre nous a passé un nombre incalculable d'heures devant le petit écran et a accumulé au fil des ans des opinions ou des croyances sur le fonctionnement de ce média. Ceux qui prétendent ne jamais le regarder ne sont pas en reste, puisque c'est précisément au nom d'une certaine conception de la télévision qu'ils justifient leur décision. Cette primauté de l'expérience télévisuelle, enracinée dans l'observation, est tellement ancrée en nous qu'il est parfois difficile d'imaginer que la télévision puisse être un champ d'études estimable.
« Que peut-on dire sur la télévision que je ne sache déjà ! » a-t-on envie de lancer aux chercheurs qui prétendent en faire un objet scientifique. À cela, les défenseurs de l'éducation aux médias opposent qu'il faut apprendre aux enfants à « décoder » la télévision ou à acquérir le langage de l'image, comme on acquiert sa propre langue. Cette seconde position a le mérite de postuler que l'imprégnation télévisuelle n'est pas suffisante pour comprendre le média et qu'il faut chercher au-delà du sensible des modèles d'intelligibilité. Mais toute la question est de savoir comment procéder pour parvenir à cette fin.
Parce que ses programmes sont faits d'images, de sons et de paroles, on croit parfois qu'il suffit d'étudier successivement chacun de ces matériaux ou de ces canaux (Viallon, 1996) pour les analyser. Si cette méthode a pu faire ses preuves à une époque pour le cinéma, elle ne semble guère adaptée, en revanche, à la compréhension d'un média dont la caractéristique essentielle est moins la production d'?uvres que l'articulation quotidienne de l'éphémérité d'un flux à la régularité du temps social. Ainsi convient-il de se demander dans quelle mesure l'importation pure et simple des outils mis au point par les théories du cinéma ne constitue pas aujourd'hui un obstacle de taille à l'étude de la télévision.
L'éphémérité du média télévision a longtemps été un obstacle à la constitution d'une mémoire. Jusqu'à l'apparition du magnétoscope dans les chaînes de télévision, au cours des années 1960, les émissions ne pouvaient être enregistrées et conservées qu'en filmant un écran sur un support cinématographique (kinescope). Du même coup, seules les émissions élevées au rang d'?uvre relevaient d'un tel traitement, les émissions de plateau (les débats, les présentations de journaux télévisés, etc.) disparaissant dans les poubelles de l'histoire.
Ces difficultés expliquent en partie que les analyses de la télévision soient encore aujourd'hui très largement centrées sur des collections de programmes plus que sur leur programmation. Heureusement, ce dernier obstacle, inhérent au média lui-même, est en train d'être levé par de nouvelles conditions de recherche, qui motivent ce livre.
1. Un jugement de valeur :
la télévision comme mauvais objet
1.1 Un « médium sale »
Au XVIIIe siècle, les romans étaient déconseillés aux jeunes filles et, au XIXe, celles qui se complaisaient dans leur lecture étaient considérées comme perdues (Madame Bovary illustre parfaitement le sort peu enviable réservé aux lectrices qui confondent les romans d'aventure et la vie). Au début du XXe siècle ce fut au tour du cinéma de devenir un mauvais objet. Longtemps considéré comme un « divertissement d'ilotes » (Duhamel), il ne fut hissé au rang d'objet d'étude universitaire que dans les années 1980. S'agissant de télévision, la référence constante des discours nostalgiques aux « missions » de la télévision publique d'antan est presque toujours amnésique de l'une d'entre elles : divertir. On ne retient de cet âge d'or que le magazine d'information Cinq colonnes à la une, Les Perses ou le Dom Juan de Marcel Bluwal, et l'on s'empresse d'oublier que la même décennie voyait naître Intervilles et ses combats de clochers. Aujourd'hui encore, ceux qui sont Contre la télé (titre d'un livre du chroniqueur... télé de Libération) centrent leurs attaques sur le fait que « la télé est un médium sale » (Marcelle, 1998, 15) et comprennent mal qu'elle puisse être un objet d'étude sérieux : « Parmi tous les spécialistes de l'image, il paraît qu'il y a des théoriciens de la télévision, volontiers sociologues ou rugueux ?médialogues? que je lisais avec une curiosité détachée et souvent déçue. Leur ponctuelle perspicacité ne m'a jamais semblé justifier leur investissement » (ibid., 21). Si l'on imagine mal qu'un « théoricien » passe, ou, plutôt, perde du temps à étudier ce média, c'est que celui-ci est entaché de cette « saleté » du médium. Cette critique, qui se trouve en l'occurrence sous la plume d'un journaliste, se rencontre aussi bien chez certains universitaires, qui considèrent qu'il est plus digne d'étudier des films que des émissions de télévision, ou chez la mère de famille, qui lance à son enfant rivé à son petit écran : « Tu ferais mieux de lire ! »
Source : Armand Colin-
Caractéristiques
-
Auteur
-
Edité par
-
Date de sortie2009
-
EAN9782200355500
-
Dans la même collection : 128
Récemment consultés

