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La légende du baron rouge
La légende du baron rouge
- Stéphane Koechlin
- Edité par : Fayard
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Français
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Description
PREMIÈRE PARTIE?>La forêt des légendes?>?>CHAPITRE PREMIER?>Une légende dans le ciel?>Le lieutenant James Boddy veut rentrer. Le vent s'est levé, son avion tangue dangereusement sous le ciel sombre. La terre, presque transparente, est lessivée par les eaux. Le jeune officier a l'impression qu'un mauvais génie le pousse dans une pièce noire et lui ferme la porte du monde. Il cherche la lumière, tandis que la nuit avance. Depuis combien de temps vole-t-il ? L'homme a froid et ne sent plus ses mains gourdes. Il resserre son écharpe, il agrippe le manche. La bise souffle sur la carlingue. Il sait que certains avions se sont dissous en traversant des bourrasques, emportés par la main de Dieu. Beaucoup de pilotes ont disparu, sans laisser de trace.Entre deux nuages, un soleil pâle, humide, lance des éclats mourants. James formule une prière et pense à son père, le révérend A. A. Boddy, un homme sévère et juste qui lui a prodigué une éducation stricte au c?ur de la belle Angleterre. Le voisinage du petit village de Monkwearmouth (Sunderland) respectait le vicaire et son épouse, une fidèle huguenote. Cette estime rejaillissait sur leur fils unique, venu au monde un jour de juillet 1895. James avait mené l'existence des garçons de l'époque, au collège Emmanuel de Cambridge. Il se rappelait les courses d'aviron contre Oxford sur le joli et paisible bras d'eau, les parties de football, à l'ombre des clochers ou dans les parcs. Il gardait les buts, montrait à cette activité beaucoup d'habileté. Peut-être aurait-il pu continuer à jouer ? Jouer toute sa vie. Un rêve impensable. Ou alors devenir un homme d'Église ? Cet avenir paraissait plus assuré. Mais il n'eut pas le temps d'y songer vraiment, car, en juin 1914, la guerre l'enleva à son insouciance. Sans comprendre, il s'était retrouvé en uniforme, promu second lieutenant d'un bataillon. L'armée l'avait mené jusqu'au canal de Suez, en Égypte. Un naufrage, à la suite d'une collision stupide avec un bateau français (ah ! ces Français !), faillit interrompre sa carrière militaire. Il survécut, prolongea son séjour dans cet Orient des passions qu'il avait toujours imaginé, incapable cependant d'y accomplir un acte de grandeur dont ses parents auraient pu être fiers. La guerre faisait rage en France. James regagna l'Europe, où il fut affecté, comme observateur, au Royal Flying Corps, la toute jeune armée de l'air britannique. S'il le souhaitait, un fantassin pouvait, en ce temps-là, rejoindre le corps aérien, qui était alors une simple émanation de l'armée de terre. Ces engins ailés, inventés quelques années plus tôt, ne servaient qu'à reconnaître les lignes ennemies, et à faciliter les déplacements de troupes sur le terrain.James ne craignait pas de confier sa vie à un pilote ni à ce genre de machine aérienne instable. Peut-être croyait-il à la Providence ? L'avenir immédiat conforta sa foi, car son premier vol, en novembre 1916 (il exécrait décidément les mois de novembre), le mena aux portes de la mort. Un Halberstadt Scout, l'appareil d'attaque allemand assez léger, s'était placé derrière eux et les avait mitraillés. James ne se souvenait plus de rien. Une balle l'avait frappé, brisant en deux ses lunettes d'aviateur, et il s'était évanoui. Il avait repris connaissance au moment où l'aéroplane touchait le sol. Du sang coulait de son front. Il ne souffrait pas, mais sa tête tournoyait, emplie d'obscurité et de vertige. En deux ans de guerre, il avait accumulé les mésaventures, sur l'eau ou dans les airs, comme un défi à la Faucheuse. James voulait vivre, aimer une femme, l'épouser, devenir un homme respecté. Pourquoi mourrait-il ?
Plein d'espoir, il incline l'appareil, attiré par le rai de lumière comme un insecte par la lampe de la chambre, quand une ombre déchire les nuages. Une haute machine rouge, avec ses ailes de dragon, tissées de longs filins, semble échappée du vide, jetant des flammes. James ne peut voir le pilote. La robe sanglante, en passant au-dessus de lui, devient noire, faisant ressembler l'aéroplane à une apparition infernale, à la mort en marche. Elle glisse vers le monde invisible, et tout s'accélère. James sent des coups contre la carlingue, puis perd de l'altitude. Il vient d'être abattu, et, dans quelques secondes, il paraîtra devant le Créateur. Le fils du vicaire prie tandis que le ciel s'éloigne à vive allure, cet étrange paradis d'où le diable l'a chassé, décroché. La chute semble durer longtemps. Deux arbres courent vers son visage, il transperce le feuillage, les branches, dans un bruit de craquement, sa peau est lacérée, et une vrille brûle sa tête. Le train d'atterrissage explose, la carlingue se désagrège et s'enfonce dans la terre grasse et humide... Le silence... plus terrifiant que le hurlement de la mécanique en pleine dissolution. Son rêve a pris fin en un éclair. Il vit, mais, sous le choc, il se retrouve encastré au fond du cockpit. Un arbre, coupé en deux, gît sur l'épave au-dessus de lui. Le bois de la machine comprime ses côtes, une masse écrase ses jambes et l'empêche d'esquisser le moindre mouvement. Il ne sent plus son corps. S'il bouge légèrement la tête, il aperçoit un coin de ciel et des nuages. Mais chaque geste le torture. Il demeure pétrifié plusieurs minutes, attendant la mort. S'il pouvait saisir son arme, il abrégerait sa courte existence.
Source : Fayard-
Caractéristiques
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Auteur
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Edité par
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Date de sortie2008
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Nb. de pages483
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EAN9782213638416
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