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La neige de Saint Pierre
La neige de Saint Pierre
- Leo Perutz
- Le Livre de Poche n°3107
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Français
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Description
Dans un hôpital d'Osnabrück, en Westphalie, le 2 mars 1932, un jeune médecin, Georg Friedrich Amberg, émerge d'un coma profond et tente de reconstituer les différents épisodes de sa troublante aventure. « Ma mémoire emprunte parfois des voies bien étranges », dit-il, refaisant surface après son hémorragie cérébrale et cherchant à reconstituer le puzzle de ses souvenirs, comme si d'étranges zones d'ombre s'étaient glissées dans l'enchaînement des événements de ce dernier mois. Est-il un dormeur encore somnolent ou un rêveur éveillé?
Est-il resté cinq jours inconscient, ou cinq semaines, comme le prétend le personnel hospitalier? A-t-il vraiment été victime d'un accident de voiture ou frappé par un paysan? Une jeune chimiste grecque a-t-elle été ou non sa maîtresse? A-t-il inventé la visite du curé à son chevet? Son séjour à Morwede a-t-il seulement existé?
Cauchemar? Délire? Conspiration? Où est la vérité? Chacun a-t-il sa vérité? Amberg veut savoir. II veut comprendre ce qui l'a conduit sur ce lit d'hôpital et ce qui s'est réellement passé à Morwede, cette petite bourgade de Westphalie où il a vécu un mois, engagé comme médecin communal par le baron von Malchin, un curieux aristocrate, jadis lié à son père.
Après Edgar Poe, Hoffmann, Schnitzler ou Henry James, Leo Perutz nous rappelle à quel point est fragile, et confuse même, la frontière entre le vécu et l'imaginaire, la raison et la folie. Visionnaire sensible et parfois voyant, Perutz creuse à son tour ce léger et pernicieux décalage entre le normal et l'anormal.
Brillant conteur, tel un magicien du temps et de l'espace, Perutz brouille les pistes, confond les esprits, séduit et inquiète à la fois. Avec maestria, il superpose les deux versions possibles, celle d'Amberg et celle de son entourage, comme deux niveaux de réalité, deux niveaux de fascination! Mais ce miroir à double face nous renvoie toujours la même image, celle de la mort, comme si, à travers cette sorte d'allégorie, Perutz voulait initier le lecteur à ce qui guettait la civilisation occidentale, ce monde bouleversé et finissant d'une Europe troublée par une secrète et inguérissable blessure, à la veille de la seconde guerre mondiale. Tout peut déjà basculer dans l'irrationnel et dans l'absurdité pour donner naissance au cauchemar qui déferlera bientôt sur l'Europe avec son cortège d'horreurs et de démence, son souffle d'Apocalypse. Tel est l'envers du décor, la sombre prémonition de Perutz qui annonce la venue des régimes totalitaires. 1.es autorités nazies ne s'y trompèrent pas en interdisant ce livre peu après sa sortie, en 1933.
On pourrait rapprocher Perutz de Gustav Meyrink et de joseph Roth. Curieusement, un autre nom s'impose d'abord : celui de Friedrich Dürrenmatt. la Neige de saint Pierre évoque irrésistiblement la trame d'un roman policier tel que les conçoit l'écrivain suisse-allemand, l'une de ces enquêtes aux résonances métaphysiques où un homme cherche à percer les mystères de son passé et à chasser ses fantômes.
Ce que le héros de Perutz a vécu à Morwede n'a, de toute évidence, rien à voir avec la médecine. Dans le secret d'un laboratoire, Amberg apprend que le baron von Malchin, qui ne rêve que de restaurer le Saint Empire romain germanique, aidé d'une équivoque assistante-chimiste, se livre à de douteuses recherches. II s'agit, ni plus ni moins, de mettre au point une drogue qui suscitera la ferveur religieuse et ramènera les hommes vers Dieu. Catastrophe! La drogue, expérimentée sur les paysans de Morwede et l'entourage du baron, les feront brandir le drapeau d'une tout autre religion! Amberg va-t-il finir par démasquer le fanatique baron? A moins que la vérité ne reste à jamais insaisissable...
Perutz, comme Dürrenmatt, est passionné d'Histoire, d'investigation, de justice, mais aussi de fantastique, de mystère, d'itinéraire, labyrinthique, d'exploration des âmes. L'humour et les mathématiques les rapprochent encore. Perutz a même mis au point une formule algébrique qui porte son nom, et composé un Traité du jeu de bridge fondé sur le calcul de probabilités.
On a parlé de métaphysique. Comment ne pas associer, pour conclure, le nom de Perutz à celui de Kafka ? L'arrivée du héros dans le fantomatique village de Morwede où le temps semble s'être arrêté au Moyen Age, l'atmosphère singulière des rues perdues dans le brouillard, les maisons silencieuses au coeur d'un paysage hivernal baigné d'un soleil pâle et presque irréel, l'étrangeté de leurs habitants, tout concourt à ce sentiment de malaise, de vertige, que l'on ressentait déjà à la lecture des premières pages du Château... Leur biographie, du reste, nous le confirme, les deux écrivains ont bien des points communs. Ils sont nés à Prague, l'un en 1882, l'autre en 1883, ils sont juifs et ils ont, ironie du destin, travaillé un temps chez le même employeur, affronté tous les deux les bureaucraties grises et étouffantes de la même compagnie d'assurances! Mais la postérité a donné à Kafka sa juste gloire, tandis que Perutz est resté injustement méconnu. Borges eut beau souligner son génie, Paulhan et Caillois le révéler au public français avant la guerre, rien n'y fit.
Leo Perutz va-t-il échapper enfin à son purgatoire?
Nicole Chardaire
Source : Le Livre de Poche, LGF-
Caractéristiques
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Auteur
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Edité par
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Date de sortie1988
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SérieBiblio Romans
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Nb. de pages186
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