1
/
de
1
Passage des larmes
Passage des larmes
- Abdourahman A Waberi
- Catégorie : Romans d'occasion
- Edité par : Lattès
-
-
Français
Prix habituel
3,89 €
Prix habituel
3,19 €
Prix promotionnel
3,89 €
Prix unitaire
/
par
Livraison à 2,99€ en point-relais. Gratuite dès 25 €
Garantie 30 jours
Satisfait ou remboursé sous 30 jours. Retour simple et rapide.Voir la politique de retours
Un achat engagé
Soutenez une coopérative à but non lucratif
Produit collecté, stocké et traité en France
Articles d'occasion contrôlés
3,89 €

Description
iLES ÎLOTS DU DIABLEMagnifique pièce d'eau indigo aux allures lacustres, le Goubbet al-Kharab est l'extrême pointe du golfe de Tadjourah, qui vient mourir non loin du lac Assal et de la zone volcanique de l'Ardoukoba dans un impressionnant décor de montagnes arides.À l'intérieur du Goubbet : l'île du Diable (ou plus exactement les îlots du Diable), ancien cratère sous-marin au sommet duquel on a retrouvé des huîtres fossiles.
Une si longue absenceCarnet no 1. Lundi 2 octobre.
Déjà trois jours que je suis de retour. Je suis revenu à Djibouti pour des raisons professionnelles et non pour m'inviter à la table de la nostalgie ou rouvrir de vieilles blessures. J'ai vingt-neuf ans et je viens de signer un contrat avec une compagnie nord-américaine qui me vaut des émoluments substantiels. Je dois rendre le fruit de mon enquête qui satisfera, à coup sûr, son appétit d'ogre. Un dossier complet avec fiches, notes, plans, croquis et clichés photographiques qui devra être livré au bureau de Denver, dans le Colorado, dans les meilleurs délais. J'ai une petite semaine pour conclure cette affaire. Je serai payé en dollars canadiens virés sur mon compte domicilié, comme moi, à Montréal. Passé la semaine, je ne suis plus couvert par la compagnie. C'est à mes frais. À mes risques et périls, m'a répété Ariel Klein, leur conseiller juridique, en fronçant le sourcil unique qu'il a aussi fourni que Frida Kahlo. Il m'a souhaité bonne chance en tournant les talons. J'ai pris la direction de l'aéroport avec ma petite valise de trappeur.Me voici en mission dans le pays qui m'a vu naître et cependant n'a pas su ou n'a pas pu me garder auprès de lui. Je ne suis pas doué pour le chagrin, je le confesse. Je n'aime ni les adieux ni les retours ; j'abhorre toute forme d'effusion. Le passé m'intéresse moins que l'avenir et mon temps est très précieux. Il a la couleur du billet vert. Dans le monde d'où je viens, le temps n'est pas un étirement nébuleux. Le temps, c'est de l'argent. Et l'argent, c'est ce qui fait tourner le monde. C'est la Bourse avec ses flux de pixels, d'algorithmes, de chiffres, de denrées, de produits manufacturés, d'indices signalétiques, d'idées, de sons, d'images ou de simulacres qui tombent sur les écrans du monde. C'est l'élan vital de l'univers, la mise à mort du concurrent et le gain du marché convoité.
Je suis de retour. Pour une mission pas plus difficile, ni plus facile qu'une autre. Voilà trois jours que je traîne mes yeux et mes oreilles un peu partout afin de percer le mystère des grandes man?uvres qui ont commencé avant mon arrivée. Depuis ce mercredi 28 septembre où j'ai reçu un coup de fil mystérieux, et avant le vol Montréal-Djibouti via Paris du lendemain, je traque de menus indices à la manière du géologue prospecteur jamais à court de nappes aquifères et de puits de pétrole à forer.Hier, juste avant d'écouter l'édition de 17 heures du journal de la BBC, émis depuis Londres, en langue somalie, j'ai rédigé mon premier rapport :Quelque part entre Assab et Zeïlah en passant par le golfe de Tadjourah, il est une terre sans eau. Une terre rocailleuse, labourée par les pas têtus de l'homme. Surgie du chaos préhistorique, elle fut autrefois plus verdoyante que l'Amazonie. Et depuis le soleil n'a de cesse de se rajeunir avec la sève de ses propres incendies. Les hommes, eux, sont là depuis la nuit des temps, les pieds poudrés par la poussière de la marche, l'esprit dévalant les galets du temps. Les hommes de ce vieux pays attendent toujours quelque chose : un orage, un messie ou un séisme. Heureusement, il y a du brouillard. Une véritable purée de pois qui tombe et s'installe pour la journée. Alertes, les hommes ont tendu un piège au brouillard. Leur système est diabolique. D'imposantes toiles de soixante-dix mètres carrés ? dons des forces américaines ? ont été étalées sur la plage de part et d'autre d'un périmètre grand comme un terrain de football. Elles ne sont pas destinées aux besoins d'un cinéma en plein air mais servent à collecter cette eau de brouillard. Les minuscules particules qui flottent en suspension dans l'air sont prises dans les mailles du filet, puis se déversent dans une gouttière reliée à un tuyau. L'eau ainsi obtenue est filtrée, débarrassée des effluves d'hydrocarbure. Elle a bon goût, bien que riche en sodium et en calcium. Le brouillard peut produire plusieurs litres d'eau par jour mais il est, par nature, imprévisible. Il arrive que cette manne capricieuse subvienne aux besoins quotidiens de plusieurs familles chassées de la capitale. Autant que je peux me fier aux apparences, les jeunes d'ici sont d'excellents chasseurs de brouillard. Carnet no 1, note no 1, rubrique climatique.
Source : Lattès Jean-Claude-
Caractéristiques
-
Genre
-
Auteur
-
Edité par
-
Date de sortie2009
-
Nb. de pages249
-
EAN9782709631075
-
Dans la même collection : Lattès GF
Récemment consultés

